(Ami Karim / S petit Nico)
C’était parti d’un rêve lointain, d’une terre promise à
reconstruire, / Il a pas choisi son destin, à 5 ans on te demande juste de suivre, / Il a emporté avec lui des odeurs et des images tremblantes, / Les restes d’un puzzle inachevé. Bienvenue dans les années 50.
1000 bornes plus haut, 20 ans plus tard, pas très loin des Champs-Elysées, / Elle est assise dans la cuisine, Maria lui prépare son café. / La vie lui a pas demandé grand-chose, et déjà elle lui donne beaucoup, / Mais pour un destin qui bascule, trop vite s’effacent les moments doux.
On pourrait broder des heures sur l’humour à 2 balles de la vie, / Qui fait s’croiser des existences et qui s’marre en matant le film au fond de son lit / Moi perso, j’suis pas mort de rire, limite ça me ferait un peu flipper... / Il paraît que le hasard fait le charme de la vie, je te propose de venir vérifier.
Les études ont pas voulu de lui : c’est ce qu’on aimerait te faire croire. / On oubliera de t’expliquer qu’en arrivant il parlait pas un mot du terroir / Il a eu une mention Très Bien, et il a encore de quoi être fier / Me croirais-tu si je te disais qu’il faisait ses devoirs à la lueur d’un réverbère ?
Il a connu les bidonvilles et les lits où l’on dort à 6, / Les
tickets de bouffe de la Mairie et les consignes de bouteilles d’anis, / Il a connu les couvre-feu et la notion d’intégration, / Une époque où pour taffer il fallait être français depuis 4
générations.
C’est un homme à l’ancienne, qui ravale sa peine et lutte chaque jour contre la haine / Une existence discrète, un survivant aux tempêtes, aux souvenirs plein la tête / Une vie en noir et blanc, que peu d’espoir vient égayer, / Une foi inquiète en ses enfants, et des cheveux blancs un peu trop pressés.
Elle, elle a eu son bac dans le privé, un lycée près des Invalides, / Très loin des collèges de banlieue et de leur mixité aride, / Une époque de
révolution où Mai 68 a sévi, / Une vie
pépère qui s’offre à elle, après un diplôme
d’Orthophonie.
Mais y a des destinées sans visages et des courages invisibles / Là où une vie
tranquille s’envisage, certains prennent des risques impossibles... / Elle s’est
dédiée aux autres, malgré les peurs et les critiques, / Savait-elle ce qui l’attendait le jour où elle passa le Périphérique ?
Elle est femme et rebelle, dans un monde qui aliène en
méprisant les plus faibles, / Une vie de dévotion, une vie
submergée d’émotion, une vie qui dépasse la raison, / Une vie de sacrifice... Il paraît que ça compte là-haut, / Si Dieu est
matérialiste, il doit lui construire un château.
Y avait autant de chance que ça arrive que ma cité
devienne une résidence, / Autant de gens qui y croyaient que de
probabilités que je slame un jour au Stade de France, / Face à tant de points non communs la raison aurait dû agir, / Mais elle était de
connivence avec la vie, j’entends parfois encore les échos de son rire.
Ils se sont dit oui, en décembre, sous la neige, et un immense ciel bleu. / Un temps d’été en plein hiver, pour résumer, je vois pas mieux / Y a eu des automnes et des eaux tortueuses mais le plus important / C’est qu’après chaque orage, il y ait toujours eu un printemps.
On m’a souvent demandé ce que je pensais des mariages mixtes, / J’ai pas vraiment de réponse mais des fois je vois le début d’une piste : / C’est souvent tôt le matin quand la lune se couche et le soleil s’étire, / Alors j’me regarde dans le miroir, et j’me dis que mes parents auraient pu faire pire.