(Ami Karim / Yannick Kerzanet)
Évidemment je vais pas te mentir, on fait attention à la forme, / Dans nos shakers, on met des rimes, des métaphores, et de la grammaire dans la norme... / Du vocabulaire, des synonymes, des termes techniques de journaliste, / On les pique dans Le Monde ou Libé, ça rend nos textes plus réalistes.
Ca suffit pas d’écrire, Carole, tu le sais bien, / Tu les connais ces pages, ces articles, ces chroniques, tout ce qui fait ton quotidien ; / Tu sais qu’il y a autant de poésie dans ces colonnes et ces rubriques, / Que dans un sous-marin nucléaire, ou que dans un manuel de Physique.
Il manque ce truc, cet ingrédient que beaucoup appelle l’émotion, / Moi j’appelle ça du sentiment, mais après… chacun sa définition, / Ce parfum de réel, de vécu, où on sent que t’es pas spectateur, / Quand ton texte devient un théâtre dont t’es le principal acteur.
C’est pas un don, y a pas de mystère, y avait pas de fées sur notre berceau / Et puis, crois-moi là où je suis né, c’est pas le paradis des mots, / C’est pas non plus du cinéma, y a pas de pop corn et pas d’entracte, / On fait partie de ces
jeunes trop conscients... qu’il y a
toujours un dernier acte.
C’est peut-être pour ça qu’on use nos nuits à raconter le temps qui passe, / A figer l’important ou l’inutile,
l’indifférence ça nous angoisse. / Fouille de ce côté, fais-moi confiance, si
vraiment tu veux expliquer / Ce qui te touche dans nos récits, et ce qui te pousse à nous écouter.
Imagine ce que tu vois de nous comme le haut d’un iceberg, / La partie visible du voyage, on est un peu tous des
Spielberg, / On explore des coins
inconnus, avec la mine de nos stylos / C’est vrai qu’on est souvent perdu, mais plus ça dure et plus c’est beau.
Et y a aussi tout ce qu’on vous cache, les pages blanches et les feuilles froissées, / Toutes ces heures où on se demande si on a encore des choses à raconter, / Tous ces bouts de textes jamais finis qui tapissent le fond de nos tiroirs / Comme des témoins de nos limites, des garde-fous un peu dérisoires.
Alors vois ça plutôt comme une récompense, si y a un Dieu de l’écriture, / Un moment on doit faire tellement pitié qu’il nous guide entre les ratures, / C’est pas qu’on est meilleur que d’autres, peut-être qu’on y passe plus de temps, / Et si t’es là c’est bien que ça paie, et que ça vaut le coup d’être patient.
Tu vois, écrire ça suffit pas, en tout cas c’est pas l’essentiel, / Rien à foutre des fautes de grammaire, ou des accords masculin / pluriel, / L’important, c’est ce petit bout de soi à qui on rend sa liberté, / Ce sentiment qu’on a nourri avec un seul but : le partager.
Mais se livrer ça s’apprend, c’est pas un cadeau de la nature, / A ton avis pourquoi y a autant de monde dans les ateliers
d’écriture ? / C’est bien qu’il faut un petit coup de pouce pour passer la porte du monde des mots, / C’est bien la preuve que le Slam est pas réservé aux disciples de Bernard Pivot.
Il faut de l’envie et de la joie, il faut de la tristesse et du
désespoir, / Il faut du bonheur, du dégoût, de la rage, et tout ça dans le même réservoir, / Il faut regarder ses émotions comme on regarde des images / pour en parler, les dessiner, comme on raconte un paysage.
Je te dis pas que c’est facile, mais je t’ assure que ça vaut le coup, / Et on sera là pour t’accueillir, si tu veux faire partie du crew, / Quand t’auras pris ton crayon pour révéler ce qui se voit pas, / Quand t’auras enfin compris qu’écrire... ben, ça suffit pas.