Ami Karim
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Il a dit au revoir

(Ami Karim / S petit Nico)
Parfois il faut mettre des mots où seules les larmes ont leur place, / Etre tendre et apaisant quand le cœur de douleur
s’efface. / Silencieusement dans la longue route qui mène où on ne va qu’une fois, / Derrière le cortège se rappeler qu’y a des douleurs qu’on n’partage pas.
C’est dans ces heures où l’ont perd tout qu’on peut revenir en arrière, / Et faire le point pour ceux qui restent, d’une vie synonyme de galère ; / Penser à se faire péter le thorax, à tout ce qu’on n’aura plus le temps de dire, / En revoir ça signifie aussi parfois qu’on s’est un peu trop laissé vivre.
20h 00, il devait aimer les chiffres ronds / Il est parti comme il est venu, touriste perdu dans ce monde qui tourne pas rond / Il avait plu, c’était mardi, à l’heure où la France entière trinque : / Lui comprenait qu’il aurait pas droit à l’aube du 27 juillet 2005.
Il a dit au revoir dignement, comme ça sur un dernier coup de sang, / Fatigué de lutter contre tout ce qui le rongeait en dedans. / L’heure était venue, il le savait lorsqu’il accueillit bras ouverts / Pour lui la délivrance, et pour ceux qui restent, un petit arrière goût des enfers.
Il a dit au revoir et y a qu’une larme solitaire qu’a coulé / Il a dû une dernière fois penser à ceux qu’ici bas il avait laissés / Une
femme et deux enfants qui jusqu’au bout ont espéré... et pourtant... / Il devrait y avoir des lois pour pas perdre son père à 20 ans.
Il a dit au revoir au passé qui l’a brisé jour après jour, / A la blanche, aux seringues, aux innombrables accidents de parcours, / A son corps fatigué qui depuis des années demandait grâce, / Il a cédé un soir d’été, la lassitude est venue à bout du plus tenace.
Il a dit au revoir au pain chaud et aux pages sport du parisien, / Il a sûrement déjà oublié le kif d’une cigarette après une fin de repas au boursin, / Il doit s’trouver un peu à l’étroit lui qui a toujours aimé les grands espaces, / J’le vois bien foutre le bordel au
cimetière les nuits noires où seuls les anges passent.
Il a dit au revoir rapidement à Celui qui là-haut sur nous veille, / Mais qui un beau soir de juillet à certainement dû cligner de l’œil, / Il a dû le perdre de vue une seconde, ou alors se boucher les oreilles... / Faut croire que dans sa liste des priorités, Stains ça arrive en bas de la feuille.
Il a dit au revoir tout doucement et t’aurais jamais entendu parler de lui, / Si j’étais pas venu lâcher 3 mots sur une génération qu’a connu que la pluie, / Deuxième génération d’immigrés dont le rôle fut de passer le témoin à ses rejetons, / Pour qui la vie n’a jamais eu aucun sens et encore moins la plus petite direction.
Il a dit au revoir à sa peine, excuse-moi mais j’en ai rien à foutre / 49 ans t’as vu ça où qu’ c’était un âge pour terminer entre 4 poutres ? / J’crois en Dieu donc je me résigne, mais y a des comptes qui restent en suspends... / Et quand ça sera mon tour de me barrer, Il aura intérêt à être convaincant.
Il a dit au revoir au futur, moi j’avance mais c’est de plus en plus dur. / On se dit qu’le temps apaise la souffrance, c’est vrai, mais la révolte perdure. / J’sais qu’on a tous un âge limite, sur le cœur une date de péremption, / Mais parfois qu’est ce que ça fait mal d’être celui qui recompte l’addition.
Il a dit au revoir à notre présence, il me dira plus jamais bonjour ; / Dans mon portable plus jamais sa voix pour
changer mes aigreurs en velours ; / On refera plus jamais le monde en buvant notre café, ou en fumant une clope au balcon... / Attends, j’ recompte tout ça vite fait...Hey, là j’me fais carna, Tonton.
Il a dit au revoir...
Tu pourras me dire ce que tu veux, employer tous les subterfuges, / Si tu sais pas comment me le ramener, s’il te plaît évite les
phrases refuge ; / J’préfère que tu m’dises rien, quitte à rester comme ça sans parler, / Mais me dis jamais que c’est mieux
comme ça, Moi je sais pas ce qu’il y a de l’autre côté.
Tu m’as dit au revoir quand t’as fermé les yeux, et moi je suis encore là, / J’peux plus respirer chaque fois que j’réalise à quel point tu me manqueras, / J’espère que t’as trouvé l’herbe plus verte ailleurs, passe le bonjour à la famille, / Et de là où t’es, en ce qui me concerne, essaie de faire patienter la faucille.