(Ami Karim / Studiovan)
On a vu le jour sous le soleil d’une contrée crépusculaire / On est nés dans un monde sauvage avec un gène supplémentaire / Une façon d’être, de voir la vie, proche du royaume animal,
Un mélange d’instinct de survie et de solidarité à la limite du tribal. / On s’est adapté à notre environnent, aux
clairières de bitume,
On a investi les périphéries urbaines baignées de brume,/ on y a insufflé une âme, / Et du tapis de nos existences on a dessiné les trames. / Tu as entendu parler de nous, rarement en termes élogieux / car les vautours qui nous ont survolés n’ont vu des nôtres que les malades, les boiteux./
Il est temps pour toi d’entendre la vérité sur ces rumeurs qui rendent les mains moites, / De découvrir le mythe… Bienvenue sur les terres de la meute /
Notre territoire est vaste mais il est bien balisé, / D’abris bus et de réverbères, aux lumières tamisées, / On apprend très vite par ici à se mouvoir dans l’air nocturne, / On apprend à apprécier les indications diffuses de quelques rayons de lune.
On est des loups, ou en tout cas ce qui se fait de plus
proche, / Et comme tu le sais on a établi nos tanières sous tous les
porches. / Mais je te parle du loup au sens noble, la famille, les amis, le groupe, / On abandonne jamais un des nôtres blessé sur le bord de la route.
C’est vrai qu’on avance à plusieurs, on a l’ambition collective, / On a le verbe un peu haut et fort, on maîtrise l’art de l’invective. / On a nos codes, nos manières, pour exprimer nos sentiments / J’t’ emmerde veut souvent dire merci dans beaucoup de nos bâtiments.
Chez nous la confiance est rare et chère, / Mais une fois obtenue nos cités deviennent des havres, des repères / Des refuges où revenir quand la vie nous gifle, / Des oasis où se ressourcer... notre came à nous, c’est l’affectif.
On a tendance, faut être honnête à vivre repliés sur nous-mêmes / On s’aventure le moins possible loin des abris de nos HLM... / Alors évidemment le monde extérieur nous connaît peu, / Et les quelques voyageurs qui s’aventurent chez nous font rarement halte dans ce qu’ils appellent avec
méfiance “la banlieue“.
Mais on n’est pas meilleurs que d’autres et chez nous aussi les hyènes sévissent, / Des maraudeurs aux aguets, des
charognards, / Qui rôdent aux frontières des abysses,
Des distributeurs de cauchemars qui se régalent du chaos et savourent les émeutes, / Des parias, en qui ne résonnera jamais l’esprit de la meute.
Mais crois-moi, y a aussi tant de belles choses à découvrir, / Si tu cherches le sens du mot liberté, vient
observer nos jeunes grandir, / Viens écouter les contes millénaires que nous dévoilent les anciens, / Les récits de clans
nomades devenus sédentaires, / Des dizaines d’horizons qui aujourd’hui ne font qu’un.
Les dures chroniques de cicatrices ramassées le long d’une vie, / Epopées ordinaires, dont nos doyens conservent précieusement les récits,
Et auprès de nos conteurs un soir de pleine lune, tu comprendras, pourquoi / Quand on doute, qu’on trébuche, on n’a pas besoin de thérapeute, / Tu comprendras pourquoi dans ces provinces semées d’embûches / Notre équilibre n’est vraiment parfait que dans le secret de la meute.