(Ami Karim / Studiovan)
C’est comme un raz de marée, une nappe d’eau incontrôlable / Qui se glisse dans tous les interstices, furtivement presque indecelable, / Même quand tu te crois à l’abri, elle te retrouve elle t’envahit, / Tu t’y noies malgré toi et ton océan de certitude devient un voile de terreur infini.
Ca ronge ça gratte et ça démange mais y a pas de remède / Une pandémie mentale mais pour elle, pas de recherches, pas de fond d’aide / On en parle on en débat, colloques, réunions, assemblées, / Mais au final pas de solution quand c’est l’humain qu’il faut changer.
Cette vague invisible submerge tout sur son passage, / Sans distinction, les cités, les pavillons, elle atteint les plus lointains rivages / Les plus belles âmes de tout temps y ont risqué leur éternité, / Les plus petites s’en drapent pour masquer des visages que la haine a déformés.
Elle s’insinue au quotidien, dans nos relations amicales / Fausse certaines déclarations, d’amitié ou d’amour devenues bancales, / Y a ceux qu’on aime pour ce qu’ils sont, leur beauté leur intelligence, / Y a ceux qu’on garde à portée de main, caution sociale de nos intolérances. /
Tu la retrouves au boulot dans les embauches, les promotions, / Elle est là, elle rode, fait apparaître les grimaces derrière les sourires de convention, / Elle est le bureau excentré que personne ne visite jamais / La DRH qu’on confond au détour d’un couloir avec la responsable du placard à balais.
Elle se balade dans nos écoles, à l’heure de la récréation, / Fait les yeux doux aux isolés, caresse ceux qu’on écarte sans attention, / Squatte dans les salles des professeurs, s’invite en classe au premier rang / Persuadée que les places près du radiateur, sont des refuges pour les fainéants.
Elle vagabonde en politique, au Sénat, l’Assemblée Nationale, / Souffle des idées pathétiques à un certain parti radical / Décide de modifier l’Histoire et, pour ça, fait voter des lois, / Raconte le temps à son image, j’avoue que j’aime pas trop ce que j’y vois.
Elle est chez elle dans les hautes sphères comme dans les quartiers populaires, / Se délecte de la connerie banale, des insultes devenues ordinaires, / Se prélasse aux terrasses de troquet, où les couleurs sont bigarrées, / Mais s’arrange pour y mettre un peu d’ordre, si elles ont trop bien su se mélanger.
Elle fait sa ronde dans les ruelles, fait ses courses au supermarché, / Veille à ce qu’on regarde bien de haut les gens qui errent, ou les petites caissières affairées, / S’arrête dans le rayon hi-fi, la télé parle de banlieue, de racaille / Repart avec l’air satisfait de l’amante qui dans le couple a foutu la pagaille.
Elle se faufile discrète, planquée dans les foules anonymes, / En noire, en blanc, jaune, marron, beige, du caméléon elle est le
synonyme, / Grande soeur aimante des guerres, des haines, des tueries, et du saccage de petites épiceries / Elle est fière de sa petite famille, faut avouer qu’elles ont bien réussi.
Elle a des journées à rallonge, mais au moins son travail lui plaît, / En plus elle est la seule sur le marché, pas de concurrence, elle reconnaît / Qu’elle pourrait mieux faire, on lui connaît pas de prédateur, / C’est quand même pas de sa faute, si les journées n’ont que 12 heures.
Elle est la vague de peur sans nom qui dort en chacun d’entre nous, / Elle est l’ignorance l’égoïsme qui met la
morale à genou / Elle est notre laideur, nos angoisses poussées à leur paroxysme, / Elle est ce qu’on l’a laissé devenir, et qu’on a appelé… Le racisme.