(Ami Karim / S Petit Nico - Yannick Kerzanet)
Parfois je fous la rage à ma voiture, et tout de suite mes pompes s’inquiètent, / Elles sentent que la journée sera dure, et qu’aujourd’hui encore le macadam va leur faire leur fête. / Je sors prendre l’air, direction nulle part, je leur laisse le choix du quand, du où... / Et pour revenir je suis pas inquiet, tous les chemins mènent chez nous.
Alors je déambule dans ces rues que je connais par cœur sans en connaître l’essence... / Et toujours en préambule, j’observe la vie autour de moi et mes yeux volent dans tous les sens. /Tout près de moi il se passe des choses / que je savais exister, / des gens qui rêvent, et dont les pensées flottent à la limite de ma zone de sensibilité.
Ca me fait tout heureux de sentir les présences et les sentiments mélangés, / Tout ce qui rend une rue vivante et qui te snobe quand la vitre de ta voiture est relevée. / J’ hume le parfum du gasoil, savoure le ronronnement des marteaux piqueurs... / Tout près de moi la vie s’agite, il flotte un air de bonne humeur.
J’aime ces matins tout neufs, j’aime leur saveur, j’aime leur texture, / Ces matins survoltés comme des slameurs tant que leur texte dure, / Ces matins cigarettes, cafés-noisettes et mots-fléchés,/ Ces matins pleins d’entrain qui gomment le gris de nos cités. / C’est peut-être pas des instants magiques, mais c’est beau comme une aube en hiver... / Et j’ai tellement envie que ça dure, que dans le Parisien je calcule pas les faits divers, / Coup d’œil discret à l’horoscope, ça sert à rien mais ça rassure, / Et avec l’air du mec qui y croit pas, je reprends, serein, mon aventure.
J’croise des petits gars, les yeux tout pleins de sommeil, / Tu me croirais pas si je te disais le nombre de conneries qu’ils ont fait la veille, / Mais dans la lumière indulgente d’un soleil matinal, / J’vois que des gamins qu’on a laissé errer dans des vies bancales.
Mes yeux s’égarent malgré moi quand retentissent les pas pressés, / D’une jolie demoiselle au maquillage raffiné, / Qui n’oubliera pas de demander à chaque vitre qu’elle croisera sur sa route, / Si c’est bien elle la plus belle et si elle peut chasser ses doutes.
Et dans ce cas-là, je pense à toi, et à tout ce qui nous sépare, / A ton patch Nicorette, à tes Vogue Menthol que tu ranges à part, / A ton abonnement à Libé et à ton Lipton canderel... / L’aspartam, c’est bon pour la santé, ils l’ont dit dans Elle.
Mais quand je pense à toi ces matins-là, je te jure que c’est avec tendresse, / Je pense à ces choses qui nous séparent, mais surtout aux rêves qu’on caresse, / Alors je me dis que dans le fond, y a que sur la forme qu’on diffère, / Et je comprends ce qu’on rate à pas se connaître, malgré les efforts qu’on dit faire.
Le jour est maintenant bien levé et mes baskets sont pas
contentes, / Le message de mes pieds meurtris est très clair : “c’était sympa... maintenant on rentre“ / Alors je repars à contrecoeur en laissant la magie derrière moi, / En rêvant de croissant au beurre, en pensant à l’aube qui reviendra.
Cette odeur-là me suit toute la journée, comme un message, comme une promesse, / Comme un espoir de renouveau quand surviennent les longues nuits d’ivresse. / Mes journées à moi commencent bien, j’espère que ça tu l’as compris, / C’est de là que je tire ma force, c’est là que me sourit la vie. / Moi j’aime ces matins tout neufs, j’aime leur saveur, j’aime leur texture, / Ces matins survoltés comme des slameurs tant que leur texte dure, / Ces matins cigarettes, cafés-noisettes et mots-fléchés, / Ces matins pleins d’entrain qui gomment le gris de nos cités.