Ami Karim
template1
Je la vois comme ça

(Ami Karim / S petit Nico)
Elle sort du lit en soupirant, c’est clair, elle est pas du matin, / Et celui qui l’a inventée, c’est un mec évidemment, il aurait mieux fait d’écouter son côté féminin, / Elle allume la radio et avant de foncer sous la douche se prépare un café, / Senseo c’est l’invention du Siècle ! Ca et puis bien sûr Desperates
Housewives en DVD./ Elle est pas
encore sèche qu’elle a commencé à gueuler, / Elle a plus rien à se mettre, elle a grossi, y a une tâche sur son haut préféré, / Basket ou talons, toujours le même dilemme à chaque fois c’est la crise, / Des fois elle aimerait être un mec et pouvoir mettre 3 jours de suite la même chemise.
En claquant la porte elle hésite une seconde, il lui manque
quelque chose, elle le sait, / Ca la stresse comme d’hab et
comme d’hab, pas moyen de se rappeler ce que c’est… / Alors en
insultant les réveils qui sonnent trop tôt, le ciel tout gris et les tâches de mascara, / Elle saute dans le métro, bon, elle a pas oublié ses mots fléchés, c’est déjà ça…
J’la vois comme ça la fille à qui je parle jamais / Celle que j’croise tous les matins les yeux dans le vague sur l’autre quai, / Elle doit être mannequin ou bosser dans la mode elle est trop belle pour un taf normal, / Et dans la rame qui m’éloigne d’elle j’me demande ou elle se trouve l’ANPE des femmes fatales…
Elle, elle se dit que la maîtrise de droit c’est pas juste pour faire beau sur le CV, / Et ça commence à la gaver de voir toutes les greluches des pages people de VSD, / Elle est pas aigrie, nan,
bosser dans la pub y a pire que ça, / Et puis ça se saurait s’il fallait un diplôme pour faire la couverture de Gala,
Elle médite là-dessus en avalant sa salade bio, sa Salvetat et son p’tit suisse, / Et elle peut se marrer la grosse stagiaire, elle au moins elle peut encore mettre du 36, / Elle pense aux dossiers qui l’attendent et à la journée qui passe pas, / Y a des jours, femme au foyer ça la tente, elle a vu un article quelques part, ça avait l’air sympa.
Mais en repartant bosser elle se
rappelle qu’elle a 28 piges et 2 enfants, / Qu’elle a rempli sa part du contrat avec le système, alors qu’on lui foute la paix maintenant, / Elle a bien mieux à faire que le rayon maison du bon marché, / Surtout que pour être tout à fait
sincère, celui du Printemps est
franchement plus branché.
J’la vois comme ça la femme chic que j’croise tous les midis en salle de pause, / J’l’imagine se battre chaque jour contre les clichés qu’elle s’impose, / J’me demande combien elles sont à
refuser de parler avec leur jumelle du miroir, / Combien elles sont dans la secte du light, la classe sociale de
l’illusoire…
Heureusement même les journées les plus pourries se terminent, c’est ce qu’elle se dit, / En arrivant chez elle trempée, demain elle l’oubliera pas son parapluie, / Elle a un soupir de soulagement coupable, les enfants sont chez leur père, / Mais honnêtement, elle est trop claquée ce soir pour jouer la cuisinière,
Elle pense à ses copines, flippées face à leur solitude et
l’horloge biologique qui avance, / Elle, elle adore ces soirées
calmes, entre un pot de Ben & Jerries, et 2-3 épisodes d’Urgences / Elle enfile avec bonheur sa chemise de bûcheron canadien et ses
chaussettes de randonnée, / A ce moment-là c’est clair, il est pas né celui qui la fera bouger du canapé.
Entre 2 bouchés glacées, elle pense à ses ex, ses futurs, à ceux qui la draguent au bureau, / Au déceptions, aux obsédés, à ceux qui ne pensent pas qu’avec leur cerveau, / Et avant de glisser dans le sommeil qui l’emmènera jusqu’au lendemain, / Elle sourit en fermant les yeux, pas de doute, il va s’en prendre plein la gueule le prochain…
J’la vois comme ça ma petite voisine qui vit de l’autre côté de la cour, / Réfugiée avec ses 2 bambins tout en haut de leur
immense tour, / Avec un pied dans l’insouciance, et l’autre dans les responsabilités, / Ca doit pas être facile tous les jours d’avoir le don d’ubiquité.
Mais j’la vois comme un milk shake de tout ça, celle pour qui j’irai mettre un coup d’extincteur en enfer, / Une ado attardée, un peu femme active, et un peu mère-célibataire, / Paradoxale, sage et conforme, mais qu’adore les
soirées sandwich, / Cette fille unique qui vit quelque part entre Bridget Jones et Erin Brokowich.
Qu’elle soit carriériste et maman, mais qu’en priorité elle s’éclate, / Qu’elle nous fasse vivre comme des
bohémiens! C’est possible hein !? Dans un appart !? / Y aura des balances dans chaque pièce et des miroirs dans la
cuisine, / Que n’importe où elle se rassure : oui c’est elle ma meilleure copine.
J’lui achèterai son Coca light et ses
légumes sans OGM, / J’parlerai plus
jamais à une fille s’il faut ça pour qu’elle sache que j’l’aime, / J’me taperai les expos “relouds“, les films d’amour, et tous les matins j’ferai notre lit, / J’en aurais sûrement marre plus d’une fois, mais ça vaut le coup, si j’l’ai près de moi pour toute la vie.