Ami Karim
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Y'a rien derrière

(Ami Karim - Studiovan)
J’me suis construit au fil du temps, j’ai appris au cours des années, / J’ai fait mon chemin en observant les forces, les failles de mes aînés, / J’les ai vus traîner des fardeaux, je les ai vus porter des croix / Beaucoup trop lourdes pour leurs épaules, j’ les ai vus renoncer parfois.
J’en ai vus endurcir leur cœur, se blinder l’âme, fermer les yeux, / J’les ai vus traverser la vie sans jamais s’arrêter aux feux, / J’les ai vus rire où j’aurais pleuré, j’ai cru que c’était ça être un homme, / Si c’est la bonne définition, j’en suis pas un mais c’est tout comme.
J’en ai vus s’accrocher comme des fous à un passé qu’ils ont subi, / Mais qui dans le filtre du temps qui passe, devenait soudain un paradis, / Je les ai vus les yeux lointains, arpenter les routes de l’enfance, / Je les ai vus chercher le frein, en croisant leur adolescence.
J’ai vu tous ces vieux avant l’heure, coincés en position parking, / Passer en boucle leur vieux Vynils, Percy Sledge, ou Otis Redding / Je les ai vus baisser la tête devant CloClo en comprenant, / qu’ils regretteraient toute leur vie, le temps où ils étaient des enfants.
J’ai compris qu’à force de se
souvenir, on s’endort, / J’ai compris qu’y a rien derrière, à part des regrets et des rêves morts, / Et qu’à force de remplir son sac à dos avec des trésors disparus, / Y a plus de place pour y mettre un avenir, qui irait plus loin que le bout de la rue.
Souvent quand je regarde derrière moi, pour voir ce que j’y ai laissé, / J’ai l’impression d’être un gamin devant sa chambre jamais rangée / Y a plein de trucs qui traînent par terre, des jouets, des livres, des vieilles photos / Des souvenirs de jours enfuis, pas mal de rires, et quelques gros sanglots...
Je m’assieds alors, au milieu de tout ce bordel, / J’fais un peu semblant de faire du tri, et je repousse quelques larmes rebelles, / J’essaie de garder l’essentiel, ce qui sera toujours à mes côtés, / Pas du passé, pas du futur, mais des petits bouts d’instants figés.
A première vue des choses qu’ont rien à voir entre elles, / Des parties de foot, des p’tits bisous, des bagarres de cité, des
gamelles, / Les amitiés d’une vie qui devant les halls prennent forme, / Avec ces règles, ces codes, ces lois qui chez nous brisent toutes les normes.
Enormes, comme ces morceaux qui surgissent du passé, Marvin Gaye, Barry White Kool and the gang, “The first the last“ remasterisé, / Parti, le bruit du 33 tours, c’est plus la même génération, / Mais les anciens nous ont légué le goût d’ la funk et du bon son.
Et sur ces airs qui bercent mes nuits d’aujourd’hui je comprends / Qu’y a rien derrière, que des vestiges, des ruines, du vent, / Les décombres d’une époque qui n’est plus, / Et pour avancer, faut raser tout ça et bâtir par-dessus.
Alors j’enfouis sous les gravas les tristesses et les angoisses, / Et à grandes pelletées j’enterre la peur du temps qui passe / J’oublie les amis disparus, les mauvaises notes, les déceptions / J’dépose à côté des fossiles, mes nuits trop noires et mes démons.
Je laisse aux explorateurs du futur, le soin de tout décrypter, / Je les laisse trouver les réponses que j’ai arrêté de chercher / Je les laisse essayer de comprendre ce monde un peu tordu / Ce monde où plus tu fouilles, plus tu cherches et plus t’es perdu.
Mais dans le musée de mon cerveau je mets sous verre, / Les petits amours, les gros coups de cœur et le portrait de ma mère, / Quelques photos jaunies, un vieux ballon et une dent de laie sous l’oreiller, / Juste un petit baluchon, histoire de voyager léger.
Et quand je reprends mon chemin, je suis sûr que j’ai raison, / J’suis sûr qu’y a rien derrière, et que le monde m’attend juste après l’horizon / Alors je referme la porte de l’enfance en me mettant sur la pointe des pieds, / Y a rien derrière, j’crois que le plus dur, c’est d’arriver à s’en persuader…